mardi 6 janvier 2015

Lecon n°10 : Reprendre le travail



J'entendais mon réveil s'agiter tout près de mon oreille, comme un cri strident me rappelant que les vacances étaient finies. Je me retournais une dernière fois dans mon lit, m'enterrant un peu plus dans mon cocon douillet et chaud. Rien n'y faisait, retrouver mon bureau, le café, les collègues, les sujets de merde à traiter et l'ambiance gonflante me déprimaient.

La tête enfoncée dans mon oreiller, je tentais d'extirper les points positifs de la situation. D'abord, il y avait Gertrude, la petite grosse aux lunettes immenses toujours prête à rendre service. Puis, il y avait Colin, le stagiaire sympa au petit cul. Et surtout, surtout, il y avait Thomas, le ténébreux aux bouclettes noires, plus communément appelé patron. Ils allaient être ma motivation. Particulièrement lui.

En cette rentrée, comme une élève de 6ème, je sentais, papillonnant dans mon ventre, des petites fourmis de stress. C'était le moment, celui de pousser la grande porte de l'établissement et de faire sa rentrée scolaire professionnelle. A peine avoir passé un talon, que, du fin fond de l'imposant hall, j'entendais Gertrude me crier ses meilleures vœux, surexcitée à l'idée de me revoir. Je la vis, bourrelets rebondissants sur un jean démodé et saucissonnée dans un pull poussin, courir vers moi, pour atterrir dans mes bras trop frêles pour réceptionner un tel colis. Je sentais dans mon cou sa respiration haletante, sa forte haleine en café et son nouveau parfum lavande, probablement offert par sa mère à Noël. 

Gertrude me fatiguait ! Elle pensait sans aucun doute que nous étions sœurs ou meilleures amies, m'obligeant à lui raconter mes histoires de cœur, à l'appeler le weekend ou la prévenir lorsque j'arrivais chez moi après une dure soirée. Une plaie cette Gertrude ! Ou plutôt une cicatrice : la petite sur ma commissure de lèvre, celle que je détestais mais que je n'enlèverais pour rien au monde, car elle me rappelait ce moment merveilleux où mon grand frère me poussait, assise sur la balançoire, un été dans le jardin de mamie Mimi. Il avait poussé trop fort ce con, j'étais tombée et en revenant de sa course, la balançoire avait trouvé bon de faire un détour sur mon visage ; j'avais perdu deux dents et beaucoup de sang. Mais ce que je tenais à vous dire, c'est que si Gertrude est imposante elle n'en est pas moins irremplaçable, et sans cette petite boule d'énergie trentenaire, ma vie de journaliste serait difficile. 

Quand je dis journaliste, je veux surtout dire chroniqueuse érotique ratée. Si toutes mes amies de l'école ont su, avec talent, trouver une alternance dans des maisons prestigieuses, la potelée de Mary, s'est retrouvée chez "qui l'eut cul ! ", journal qui vous informe de la dernière position à la mode, de la meilleure manière de jouir ou de la star du porno montante. Tous les jours, j'écrivais des lignes et des lignes sur les pénis tordus, les clitoris en charpies et les tétons en feu. J'étais implacable en théorie, à mon grand désarrois, moi grande pudique. Mais "qui l'eut cul !" c'était surtout le seul journal me proposant un CDI à la sortie de mes études et comme dit ma mère "On ne crache pas sur un CDI à notre époque". Alors je n'ai pas craché et j'ai accepté. Et me voilà remplaçant le " j'ai rendez-vous avec le premier ministre afin de parler de la conjoncture actuelle" par " Excuse-moi Gertrude, tu peux me passer le god steplait, j'ai un article à écrire".


Mais ne vous y méprenait pas, outre les sujets traités, tous sont de vrais professionnels, travaillant pour un vrai journal, et personne n'est obsédé, pervers ou détraqué. Sauf Gertrude. Et Guy. Guy c'est un vrai porc. Sinon, nous sommes tous normaux.
Excepté la fois où Sam, voulant tester une nouvelle huile-massage a brûlé sa testicule droite ou encore, lorsque Véronique, la p**e du 4ème, a publié, par inadvertance, à toute la rédaction, une photo d'elle, nue,  dans les vignes californiennes, avec deux raisins pour recouvrir ses seins...

Pardonnez moi l'expression douteuse mais ... j'en ai ras le cul de cette boite.

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