mercredi 31 décembre 2014

Lecon n°6 : Garder Tintin

Leçon n°6 : Garder Tintin

Je sais, je ne vous ai pas écrit hier, mais pour cause. J'ai passé la journée la plus ... inoubliable de toute ma vie. C'était incroyable d'émotion, un ras de marée de sentiments qui m'a bouleversé sans me laisser une minute de répit. Je suis restée blotti dans mon canapé, sous mon gros plaid en fourrure noir, à critiquer les films de noël plus romantique les uns que les autres. Mais je n'étais pas seule, à mes cotés, je sentais son torse poilu frôlé mon bras, sa respiration haletante s'accorder aux battements de mon cœur.

Il ne m'avait pas quitté de la journée : le chien de ma voisine, partie fêter le jour de l'an chez des amies, avait su me redonner le moral, alors même que j'avais pris une décision bouleversant. Tintin me regardait avec ses yeux de cocker et me souriait presque, laissant à l'air libre son haleine puante. Mais ce chien avait trouvé les mots. Au sens propre. Partie quelques minutes aux toilettes, j'avais laissé sur la table basse, vraiment basse, mon ordinateur ouvert laissant apparaitre sur facebook le dernier message de Benoit.

Depuis le coiffeur, je tentais de répondre à son "Mary, même si j'suis parti avec mes potes en vacances, tu pourrais me donner des nouvelles !".
Non, Benoit, je ne te donnerais pas de nouvelles, sale ordure qui part pendant les meilleurs périodes de l'année, et qui me laisse, seule, affronter les fêtes de noël avec papy Jo pervers et tata yéyé folle. Non, Benoit, je ne te donnerais pas de nouvelles parce que tu es un sale égoïste qui préfère aller skier avec tes débiles de potes plutôt que de rester près de la cheminé à déguster du foie gras avec ta beauté de copine déguisée en mère noël sexy bonhomme de neige. Alors, non, Benoit, je ne te donnerais pas de nouvelles. Benoit, tu es un narcissique immature personnage et tu ne me mérites pas.




Ca, c'est ce qui se passait dans ma tête. En vrai, je vivais recluse, enfoncée dans mon canapé, à dévorer des ferreros, entourée de mouchoirs usagés. Mais il a fallu 1 minute, 1 minute de vessie pleine pour que Tintin prenne les choses en main. Il ne portait pas son nom pour rien ! Quel courage ce chien. Croyez moi ou non, mais je revins des toilettes et je le vis, fière, les deux pattes sur le clavier, tapotant . Il releva la tête de l'écran, et, me lançant un clin d’œil, un vrai clin d’œil, cliqua sur "entrée".

Je couru jusqu'à l'ordinateur et, stupeur, j’aperçus, sur la discussion avec Benoit : "C'est terminé, bâtard ! ". Tintin avait écrit ma lettre phrase de rupture, et avait même ajouté une insulte. Je le regardai, stupéfaite, et toujours surprise, il couru attraper sa laisse qu'il posa entre ses pattes, s'assit devant la porte d'entrée, et comme une évidence, m'aboya que la vie continuait, mieux, qu'elle démarrait enfin.

Bon réveillon à tous, demain est une nouvelle année, demain tout peut démarrer !


lundi 29 décembre 2014

Lecon n°5 : Aller chez le coiffeur



Leçon n°5 : Aller chez le coiffeur

Les papas c’est bien ! Les papas ça vient vous voir à l’hôpital et ça te dispute parce que tu as mis une aiguille dans ta paupière. Et surtout, les papas ça te réconforte et ça te paye le coiffeur pour te remettre d’aplomb. Oui, mon papa, il sait ce qu’il faut faire.

En ce lundi matin, je quittai donc l’hôpital et, j’attaquai, sans détour, le problème des cheveux. Je fonçai chez mon petit coiffeur favori, celui qui fait l’angle de la rue. Un cliché ce coiffeur : imaginez une grande tige, allongé par des talons de quelques centimètres, moulé dans un petit legging flashy, parfois recouvert d’un grand T-shirt qui laissait apparaitre son corps fin et élancé. Tout ça ne serait rien sans sa voix féminine, ses grands gestes incontrôlés et son amour pour les potins. Je l’adorais.
Quelle fut sa surprise lorsqu’il aperçut, entrant dans son salon, une chevelure déconstruite, un pansement sur le sourcil et une mine blafarde. Il m’assit immédiatement sur l’un de ses gros sièges en cuir qui trônait dans la salle, attrapa ma tête et l’engouffra dans un bac, noyant immédiatement mes cheveux sous une tonne de shampoing. Je senti ses doigts fins se plonger dans ma chevelure, masser délicatement mon crane fragile et détendre chacun de mes muscles à la simple pression de ses mains. Le bonheur. J’oubliai tout : la méchanceté de mon pseudo-copain, l’aventure piercing, la nouvelle année arrivant ou encore le boulot que je reprenais bientôt. Tout s’envolait.

Puis, il enfourna ma crinière dans un écrin, plus communément appelé serviette. Il les entortilla, les secoua, les démêla, les aspergea de produits en tout genre, les coiffa de nouveau, et, attrapa son ciseau. Mon corps se crispa quand j’entendis, frôlant mes oreilles, la lame des ciseaux surfer sur mes boucles d’or et qui laissait gésir sur le sol le reste de mes cheveux. Et, en un instant, j’aperçus dans le miroir un tout autre visage, celui du renouveau, celui du « get away bitch », celui du « #sisirepresent ». Je pouvais sentir dans mon cou mes petites mèches revivre, reprendre une vive couleur et je les entendu même me susurrer un chant de remerciement. Pendant 2 minutes, devant ce miroir illuminé par des guirlandes de Noel, j’étais la reine du monde. J’embrassai mon gay de coiffeur dont je ne connaissais toujours pas le nom et, j’attrapai mon téléphone pour m’empresser d’envoyer un message. 

« Merci papa, tu avais raison, le coiffeur m’a relancé ! A moi la vie, à moi le monde ! Plein de bisous. Ta fille ». Comme à son habitude, j’eus le droit à un simple texte, composé d’un « Super » et d’un « Bises ». Puis, avec surprise, je reçu un second texto : « Mais le plus dur reste à faire, et tu sais de quoi je parle. Courage. Papa ». Il avait raison, il était temps.  Je me replongeai dans le grand fauteuil en cuir, je pris une grande inspiration et ouvrit un page blanche sur mon smartphone en inscrivant Benoit comme destinataire.

dimanche 28 décembre 2014

Lecon n°4 : Se faire percer les oreilles



Leçon n°4 : Se faire percer les oreilles. 

Quelle idée brillante eu-je de me percer les oreilles ? En ce dimanche, fatiguée de mon week-end mouvementé avec le petit Louis, dont je vous épargne les détails, je revins extenuée de ces deux jours à la campagne. Certes, ma coupe était anéantie, mais plus que cela, c’était mon corps tout entier qui vivait une torture. Ce dimanche était une évidence : je prendrais soin de mon corps.
J’entamai donc mon marathon. Je sortis les crèmes que ma mère m’avait offertes pour noël, les masques d’argiles, d’huile d’argan ou encore de papaye, et commençai à recréer un SPA dans mon petit studio parisien. J’allumai quelques bougies, me lançai la dernière cover d’une musique en vogue et fredonnai quelques notes. Puis, Je m’installai confortablement, coincée entre un plaid chaud et plusieurs coussins, enfonçant mes épaules dans mon grand canapé. La journée commençait bien, très bien. Je pouvais sentir ma peau se raffermir sous les excédents de crème que j’avais mal étalés sur mon visage. Tout était parfait. J’attrapai un vieux magasine Cosmo qui trainait sur ma table basse et le feuilletai rapidement. Et là, l’article qui allait changer le cours de ma journée apparu : «Comment un piercing a changé ma vie ? ». 

J’enchainai les lignes, dévorant toutes les interviews de ses femmes de caractère qui se sont percées à des endroits parfois surprenants. Je revois la photo de Bernadette, jeune retraitée de 67 ans, qui, faute de n’avoir pu profiter de sa jeunesse à décider de se percer la narine gauche et d’y placer une tête de mort comme signe de rébellion. Je détaille aussi Ludivine, grande blonde de 32 ans, qui, voulant détruire son image de fille sage, se perça le téton ou encore, Victorine, bourgeoise de 38 ans qui s’est implantée, plus courageuse, une perle au milieu de sa poitrine. Ces femmes étaient des battantes. Oui, un piercing est une identité et il était tant que je sache qui je voulais être. Je jetai ce magazine de fille, arrachant au passage la photo de mes 3 nouvelles héroïnes et fonçai me débarbouiller le visage, laissant apparaitre une peau douce et lisse. Penser à envoyer un message à ma mère pour lui dire combien son cadeau avait été efficace. Mais maintenant, je devenais Xéna la guerrière et j’allais me percer, seule. Je couru chercher une aiguille à coudre, un briquet pour la désinfecter et un petit coton pour épancher mes blessures éventuelles. Je me plaçai devant le grand miroir qui trônait au milieu de mon studio, brulai l’aiguille que je tenais fébrilement dans mes mains, respirai un grand coup et d’un coup d’un seul, j’insérai la pointe de l’engin dans mon sourcil. Je sentis mon visage se crispait sous la douleur, mes mains tremblaient mais rien, non rien, ne m’aurait empêché de terminer ma quête. J’enfonçai un peu plus l’aiguille, la sentit s’introduire dans ma peau, frôlant l’arcade et je senti, couler le long de ma joue, deux petites gouttes de sang qui atterrirent dans le coin de ma bouche. A peine eu-je senti l’une d’entre elles sur mes lèvres, que mes yeux roulèrent comme des billes et que mes jambes flageolèrent. Je m’appuyai sur l’accoudoir de mon vieux fauteuil et j’attrapai immédiatement mon téléphone pour prévenir mon frère de venir au plus vite. Dans le reflet de l’écran, je pu voir, au-dessus de mon œil, l’aiguille traversant de chaque côté ma paupière recouverte de sang. Puis plus rien. Le noir complet. 

Je me réveillai quelques heures plus tard, allongée dans un lit d’hôpital, mon frère à mes côtés, un pansement sur la tempe recouvrant ce qui aurait dû être le piercing de ma vie.

samedi 27 décembre 2014

Leçon n°3 : S’attacher les cheveux



Leçon n°3 : S’attacher les cheveux



Du haut de mes 27 ans, je me retrouve à garder, ce week-end, le gamin à peine terminé de ma copine Bridget. Cette Bridget, elle n’aura pas perdu de temps. Elle a tout fait comme on lui a imposé et enseigné. Bridget aura terminé ses études à l’âge de 23 ans,  se sera mariée à 25 avec un riche banquier londonien qu’elle trouva lors d’un voyage en Angleterre et aura pondu son œuf deux ans après, en ne négligeant pas, entre temps, d’acheter la petite maison de campagne et le joli golden retriever. Bon, si le Golden retriever me tente bien, le mioche me répugne. Pourtant, c’est bien lui qu’il faut que je garde, en ce week-end de fête, pour laisser ma meilleure amie profiter de son « sweet heart » pour les fêtes. 


Me voilà donc, samedi midi, partie dans la campagne profonde, quittant mon cocon parisien pour retrouver les vaches, qui, sachez-le, me passionnent vraiment. Je me retrouve dans une splendide maison,  plantée au milieu de champs, au jardin immense et aux poutres apparentes. Bridget m’accueillit les bras grands ouverts, le regard émerveillé et le sourire jusqu’en haut des oreilles. Elle pouvait : je lui offrais un week-end de bonheur. Elle imaginait déjà le bruit des flocons de neiges s’étalant sur les fenêtres de son chalet, ses frasques sexuelles rythmées par les crépitements du feu de cheminée et l’oubli total du mioche qui a détruit son corps de rêve. Mioche qui d’ailleurs avait couru vers moi dès qu’il m’avait vu et avait presque poussé ses parents à s’enfuir de la maison. 

Louis (de son petit prénom) salua ses géniteurs qui s’éloignaient dans leur berline, blotti dans mes bras charnus, jouant avec mes cheveux jamais vraiment coiffés. Rapidement, sur le pas de la porte, je senti ses petites knackis lui servant de doigts s’entremêler de plus en plus, pour finalement se coincer complétement dans ma crinière de lionne. Immédiatement, je le reposai, mais lui, accroché dans mes cheveux, s’affola et hurla à pleins poumons. Affolé, il tira de toute ses forces en poussant un cri strident. Horreur lorsque j’aperçus sa quenotte ressortir de ma touffe avec une bonne partie de ma chevelure, arrachée, déracinée et complétement anéantie. Je m’empressai de passer mes doigts dans mes cheveux pour constater les dégâts. Oui, Louis avait vaincu le monstre : Le côté droit de mon crane était devenu celui de Barthez et, pour la première fois, ma tête ressemblait à une mauvaise coupe de Rihanna. Mon dieu, j’étais devenue cette pouffe que je vois dans les clips de 50 cent, à la coupe « mi longue-mi rasé » que je déteste tant. Les dégâts étaient réels. Je récupérai la pelote de cheveux que Louis avait libérée sur le sol. Je marchai, désemparée, jusqu’au canapé, accompagnée de Louis qui scandait à tout va ces exploits, courant autour de moi comme un chien de berger avec son troupeau. Je me jetai dans les coussins plus beaux que confortables et j’attrapai mon téléphone lorsque j’aperçus mon smartphone, pas si intelligent, m’afficher, sans scrupule, un nouveau message de cette imbécile de Benoit que je n’arrive toujours pas à larguer. Non, je ne le ferais pas aujourd’hui. Mon week-end commençait seulement et il était déjà gâché : Benoit, tu devras t’y faire, ta copine qui ne t’a pas donné de nouvelles depuis près d’une semaine, est devenue une  « sexy lady » des clips de rap US à la coupe iroquoise